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Retrouver l'enfant en soi
(Petits gestes et Grandes Joies)
Tous droits réservés
Ce texte a été publié en 1997
Son contenu n'est donc pas le reflet de ma vie actuelle


Les écrits sont abondants sur l'importance de se réconcilier avec l'enfant en soi et je n'ai pas l'intention, dans ces quelques pages, de reprendre intégralement l'ensemble des informations relatives à ce sujet.

Il m'apparaît important, par ailleurs, d'apporter quelques précisions sur la question en me basant sur ma propre expérience, en espérant par la même occasion provoquer chez vous la motivation suffisante pour passer à l'action. En effet, j'ai constaté, en lisant les nombreuses lettres que vous m'avez fait parvenir à la suite de la publication de Pourquoi pas le bonheur?, que ma façon de communiquer suscite souvent chez le lecteur le goût d'essayer. C'est probablement dû au fait que je raconte mon propre vécu alors que d'autres auteurs se limitent à exposer l'aspect théorique des questions abordées ou citent des exemples vécus par leurs patients ou amis.

L'une des précisions que je veux donner concerne la notion de décodage, que j'ai abordée dans mon premier livre. Ce décodage a été, en fait, ma première démarche de ménage du subconscient et de toutes les entités négatives accumulées depuis le moment de ma conception. Cette façon de nettoyer le passé m'avait été inspirée par un rêve au cours duquel j'avais effectué une régression et à la suite duquel je m'étais sentie très légère et libérée d'un grand poids. Réalisant que chaque personne ne pouvait pas vivre la même expérience que moi, j'ai donc conçu le décodage, qui consiste en une programmation de vingt et un jours ayant pour but de se débarrasser des blocages ancrés au plus profond desoi depuis le moment de notre conception. Cette méthode a apporté des résultats concrets à des milliers de lecteurs et lectrices qui en ont ressenti des effets bénéfiques et qui ont aussi, grâce à cette programmation, fait des prises de conscience intéressantes sur des étapes de leur vie.

Partant de cette réalité et convaincue que le passé ne pouvait plus me nuire, j'ai donc poursuivi avec succès ma démarche d'utilisation de la programmation pour atteindre des objectifs divers tout en continuant de pratiquer l'art de vivre heureuse par la pensée positive.

Mais j'ai rapidement constaté que le décodage, malgré sa grande efficacité, n'avait pas atteint tous les aspects de mon être. J'ai pu confirmer, au fil des ans, que le décodage est un outil merveilleux pour guérir notre physique et notre mental, et qu'il peut effectivement nous faire remonter dans notre passé à partir du moment de notre conception. Mais il existe également toute une mémoire émotionnelle à laquelle, pour ma part, le décodage ne semblait pas avoir touché. Pour certaines personnes, le décodage s'est avéré utile comme moyen de travailler aussi la mémoire émotionnelle, mais la majorité des personnes avec lesquelles j'ai discuté de ce sujet m'ont avoué avoir été obligées d'approfondir leur démarche par un nettoyage émotionnel «complémentaire» à ce décodage.

Pourquoi le ménage des émotions est-il plus ardu et plus long pour certaines personnes que pour d'autres? Cette question m'amène à une autre précision, pour vous aider à déterminer si vous faites partie de cette catégorie de personnes. Les personnes ayant le plus de difficulté à être heureuses de façon toute simple et qui souffrent le plus du mal-être sans raisons apparentes sont celles qui souffrent de ce qu'on appelle la «dépendance affective».

Vues de l'extérieur, ces personnes semblent avoir tout ce qu'il faut pour réussir dans la vie et pour réussir leur vie. Elles ont belle apparence, jouissent souvent d'une intelligence supérieure, réussissent leurs études, se décrochent facilement un emploi, possèdent des talents et ont développé l'art de plaire. Par ailleurs, vues de l'intérieur, ces mêmes personnes souffrent d'angoisse chronique, sont compulsives, recherchent l'amour avec frénésie et sont habitées par une grande nostalgie. Elles-mêmes ne comprennent pas pourquoi elles ont de la difficulté à accéder au bonheur.

Le jour où j'ai enfin admis que je souffrais de dépendance affective malgré tout ce que je réussissais à obtenir par la programmation du subconscient, j'ai aussi réalisé que je ne vivais pas encore pleinement le bonheur. J'avais réussi à survivre à ma détresse et j'entretenais l'illusion que je n'avais plus besoin de travailler à la guérison de mes carences passées. Les étapes parcourues furent quand même très importantes dans mon cheminement et ont contribué, comme je l'ai déjà mentionné, à diminuer une foule d'irritants, rendant, parle fait même, ma vie beaucoup plus reposante et agréable. Mais qui se contenterait de survivre au lieu d'apprendre à vivre pleinement? Qui accepterait d'investir dans l'art de ne pas être malheureux plutôt que de faire le choix de s'exercer à l'art d'être heureux? Certainement pas moi, je m'en confesse et m'en réjouis!

Vous vous demandez sans doute comment je suis ainsi arrivée, après avoir tant écrit et tant parlé au sujet du bonheur, à constater que je souffrais de dépendance affective et comment j'ai enfin pu me libérer de cette dépendance.

La prise de conscience de mon état de dépendance affective s'est d'abord effectuée par le symptôme de l'angoisse. Cette angoisse se manifestait surtout la nuit ou aux petites heures du matin, mais parfois le jour également, par une pression à la hauteur du sternum. Cette manifestation physique de l'angoisse s'accompagnait d'un sentiment incroyable de peur et de panique qu'aucune raison précise n'expliquait. Cette grande insécurité me glaçait jusqu'aux os et me précipitait dans un genre de ravin dont je n'arrivais pas à voir le fond. J'avais alors le sentiment que toutes mes luttes pour le bonheur étaient vaines et que la mort était la seule issue pour échapper à cette profonde souffrance morale.

Cet état de mal-être était incontrôlable et se manifestait au moment où je m'y attendais le moins. Je n'y pouvais rien et je tentais d'y survivre en le combattant par l'action. À cette époque, j'ignorais qu'en combattant cet état je combattais en fait cette partie de moi-même qui avait été rejetée dès la plus tendre enfance et qui voulait enfin être accueillie pleinement. Je me jouais donc un très mauvais tour en tombant dans le piège des mécanismes de défense. Il faut bien admettre, cependant, que c'était la seule façon que connaissaient les autres parties de mon être pour survivre, justement, à ce rejet.

Ma difficulté à établir une relation de couple saine et durable a été le deuxième indice à me faire constater que je souffrais bel et bien de dépendance affective. La programmation du subconscient ne me faisait jamais faux bond et m'amenait toujours sur un plateau d'argent des compagnons de route intéressants et intéressés à me fréquenter. Par contre, ces relations finissaient toujours par «tourner au vinaigre» parce que, d'une part, elles étaient basées sur une attirance réciproque entre enfants blessés et non guéris plutôt que sur des affinités plus profondes et un désir d'engagement, et que, d'autre part, les acteurs de ces relations, dont moi-même, n'étaient pas en mesure de comprendre l'art d'aimer puisqu'ils n'avaient jamais eu de modèles pour les inspirer et n'avaient pas pris conscience de leur propre dépendance affective.

Toutes ces relations (à l'exception de la dernière, qui se distingue des autres parce qu'elle était initialement basée sur l'affinité des âmes) ont finalement eu pour but ultime de recréer la relation initiale avec mon père, ou même avec mes deux parents, desquels j'avais ressenti une forme de rejet dès mon arrivée dans cette vie. Le défi, sous-jacent et inconscient, était de faire une fois pour toute la conquête de ces parents, de me prouver que j'étais importante, que j'avais une valeur certaine et que, somme toute, j'étais digne d'être aimée.

Ce long périple, parsemé d'insécurité, de colères injustifiées, de repentirs pathétiques, de bouderies interminables, d'attentes insatisfaites et d'expériences sexuelles non épanouissantes parce que immatures, aurait pu ne jamais se terminer si je n'avais pas réussi à me libérer de la dépendance affective. Marie-Lise Labonté, dans son livre Rencontre avec les anges, explique qu'il existe deux types d'âmes soeurs: celles de désintoxication et celles d'évolution spirituelle. Les âmes soeurs de désintoxication sont souvent mises sur la route de gens affectivement dépendants parce qu'elles les obligent à prendre conscience de leurs carences profondes et entraînent de telles confrontations entre les egos des personnes en présence l'une de l'autre que celles-ci doivent finalement évoluer ou se quitter. Comme on dit souvent: ça passe ou ça casse!

Inversement, l'âme soeur d'évolution spirituelle est celle qui nous fournit l'occasion de grandir et de devenir enfin nous-mêmes. La rencontre d'une telle personne occasionne un profond bouleversement; elle permet toutefois d'apprendre à ouvrir son coeur et de prendre enfin, sans peur et sans regret, le risque d'aimer véritablement.

Par ailleurs, lorsque nous vivons quelques ruptures, et surtout au tout début de notre vie, nous n'avons pas tendance à nous remettre en question. Nous décodons plutôt notre difficulté à vivre harmonieusement avec un partenaire en rejetant la faute sur l'autre, «qui ne nous a pas compris», ou en invoquant des circonstances extérieures qui ont nui au couple, comme le manque d'argent, la famille de l'un ou de l'autre, la maladie, etc. Mais après plusieurs expériences similaires, la vraie question fait surface: et si une partie du problème était due à mes propres «bibites»?

Finalement, ma tendance à vivre compulsivement a été le troisième indice assez percutant pour m'aider à faire la prise de conscience de ma dépendance affective. Sans trop m'en rendre compte, je passais d'une activité à une autre en m'embarquant chaque fois très intensément; et, pour me donner bonne conscience, j'expliquais ces excès de zèle sportifs ou autres en me disant qu'ils provenaient tout simplement de mon caractère passionné et intense.

Cette tendance à être compulsive m'a également permis de toucher au fait que je présentais tous les symptômes d'une personne ayant été victime d'abus sexuels. Je tiens à préciser ici que l'abus sexuel prend des formes très diverses d'un vécu à un autre et qu'il est démontré que les abus uniquement psychologiques et moraux sont aussi réels et nocifs que des abus physiques aussi graves que l'inceste. Tout est dans la perception de l'enfant qui s'est senti abusé.

Mais dans tous les cas, un cercle vicieux émotionnel s'inscrit dans cet enfant qui se sent abusé, refoulant au plus profond de lui l'enfant «sain et heureux» pour faire place à un enfant «adapté, malheureux et angoissé» même s'il semble bien s'intégrer dans la vie et être épanoui. Par la suite, l'adolescent et l'adulte reproduisent ce cycle émotionnel tant et aussi longtemps que l'enfant sain n'aura pas la chance d'être entendu, accueilli, respecté et aimé.

La connaissance de ce cycle émotionnel m'a été transmise par mon frère Louis. Je vous le décris ici sommairement afin que vous preniez conscience de sa trame psychologique et que, si vous le reconnaissez dans votre comportement, vous soyez en mesure, par une approche toute simple dont je parlerai un peu plus loin, d'y mettre fin.

Cycle émotionnel d'une personne ayant été victime d'abus sexuels

La peur. L'enfant ressent d'abord de la peur au contact de l'adulte qui ne le respecte pas et abuse de lui sexuellement par une parole, un regard ou un toucher.

L'impuissance. L'enfant est entraîné dans cette dynamique contre son gré, mais il n'a pas la force de résister.

Le chagrin ou la peine. L'enfant ressent une grande peine parce qu'il a fait quelque chose de mal qu'il ne voulait pas faire.

La colère. À la peine succède une grande colère de ne pas avoir été respecté.

La honte. À la colère succède la honte, car l'enfant sain sait que ce qu'il a été amené à faire n'était pas bien puisqu'il a la notion du bien et du mal. Il se sent donc complexé et imparfait.

La culpabilité. L'enfant abusé sexuellement se sent coupable d'être ce qu'il est parce qu'il réalise qu'il a été utilisé comme un objet au lieu d'être considéré comme un sujet. Il se sent également coupable d'avoir participé à l'acte et peut-être même d'en avoir ressenti une certaine jouissance physique ou psychologique (en ayant reçu de l'attention).

La peur émotionnelle. À la suite de toutes ces émotions, c'est la peur qui revient en force etqui amène l'enfant à se laisser abuser à nouveau parce qu'il ne veut pas être rejeté.

En raison de ce cycle infernal, l'adulte qui a été victime d'abus sexuels dans son enfance ne peut éprouver un plaisir réel et sain avec un partenaire, même lorsque l'expression de sa sexualité et de sa sensualité se fait dans un contexte normal et légitime. Toutes les personnes souffrant de dépendance affective n'ont pas nécessairement été abusées sexuellement, mais tous les abusés sexuels deviennent immanquablement des dépendants affectifs. Ils font tout pour être aimés, mais n'ont jamais accès à cet amour, ni même au plaisir et à la détente, que peut apporter une vie sexuelle et affective saine.

Vous comprenez, maintenant, à quel point la dépendance affective est une entrave au bien-être et à la réalisation de soi. Il est donc important de faire tout en notre pouvoir pour nous en défaire en prenant contact avec notre enfant intérieur et en devenant le parent attentif et aimant de cet enfant. Et sachez que personne ne peut vous remplacer auprès de votre enfant intérieur et que c'est seulement après avoir effectué la symbiose avec lui que vous vous libérerez de l'angoisse et de la panique sans fondement qui vous hantent au fil des jours et surtout des nuits.

Un très bon livre sur cette question, et que je vous recommande sans hésitation, est Retrouver l'enfant en soi, de John Bradshaw. Vous y trouverez une série d'exercices efficaces pour établir le contact avec votre enfant intérieur et pour renforcer la confiance de ce dernier en votre engagement inconditionnel à l'aimer et à en prendre soin.

Je vais moi aussi vous proposer des exercices tout simples mais qui, effectués avec constance et persévérance, viennent à bout de l'enfant adapté le plus résistant. L'enfant adapté est celui qui a érigé des pièges et des mécanismes de défense pour survivre au fait que des besoins fondamentaux (par exemple, le besoin de se sentir aimé, celui d'être accueilli dans toutes ses émotions, comme la peur, la colère, la peine et même la joie, ou celui d'être sécurisé) n'ont pas été comblés par les personnes qui avaient le devoir et la responsabilité de les combler. Précisons cependant que ces personnes n'ont probablement pas agi délibérément, étant elles-mêmes carencées et donc incapables de véritable amour envers leurs enfants.

Il faut comprendre qu'en décidant, comme adulte, de prendre contact avec notre enfant sain et de lui laisser sa place dans notre vie nous condamnons l'enfant adapté à disparaître. Or ce dernier ne se laisse pas remplacer facilement, je peux en témoigner. Ainsi, il continue à transmettre constamment à l'enfant sain toutes sortes d'idées pour nourrir sa méfiance à l'endroit de l'adulte; et comme cet enfant sain n'a jamais fait l'expérience de l'amour inconditionnel qu'on a à lui offrir, il est très fragile, vulnérable et influençable.

Pendant un certain temps, vous devez donc être prêt à composer avec les deux personnages présents en vous. Vous devez entrer en contact avec l'enfant sain, reconnaître son existence, accueillir ses émotions au moment qu'il choisit de vous les manifester, l'assurer de votre amour inconditionnel, lui offrir toute la place qui lui revient. Vous devez aussi, simultanément, dialoguer avec l'enfant adapté, le remercier de vous avoir permis de survivre grâce à tous ses mécanismes de défense, et lui permettre de s'exprimer sans toutefois tomber dans ses pièges. Les premières fois que mon frère Louis m'a parlé de cette approche, j'ai pensé qu'il était schizophrène. Ce n'est qu'en l'expérimentant moi-même que j'en ai compris le véritable fondement.

Ne sachant pas trop par quoi commencer pour vivre cette expérience, j'ai tout simplement pris une feuille blanche sur laquelle j'ai écrit: «Petite Michèle, je t'aime.» Puis j'ai noté chacune des étapes de la vie (foetus, nourrisson, petite enfant, enfant, adolescente et adulte), suivie de mon prénom, et j'ai écrit que j'aimais cet être à tous les stades de sa vie. Par exemple: «Foetus Michèle, je t'aime.» Vous ne pouvez vous imaginer à quel point cet exercice très simple peut avoir des répercussions importantes sur tout le restant de votre vie.

Au fil des mois (en général, un travail de ce genre qui est bien fait dure environ six mois), j'ai répété mentalement ces mots, «Petite Michèle, je t'aime», des milliers de fois. En auto, en vélo, en faisant de la marche, en me couchant le soir, et surtout la nuit lorsque je ressentais de la peur ou de l'insécurité. J'ai aussi pris l'habitude de me frictionner vigoureusement au niveau du plexus solaire, justement à cet endroit où je ressentais une angoisse m'assaillir au moment où je m'y attendais le moins.

De plus, j'ai suivi très rigoureusement les conseils de mon frère en supprimant le plus possible de ma vie, au cours de cette période, toutes formes de substances qui pourraient me distraire de mon but. Par exemple, si je m'éveillais la nuit, au lieu d'aller me chercher quelque chose à boire et à manger, je choisissais d'investir du temps pour reprendre ma conversation avec la petite Michèle en lui demandant de me parler, de me livrer ses peines et ses colères. J'ai souvent eu des réponses par le biais de rêves qui m'ont révélé plusieurs énigmes de ma vie.

En effet, ce travail effectué avec persistance m'a permis de réaliser que j'avais été victime d'abus sexuels, à un très jeune âge et sur une période de plusieurs années, mais j'ai aussi compris que les événements, ainsi que leurs acteurs, n'étaient pas vraiment importants. La démarche conduisant à une libération émotionnelle consiste davantage à reprendre contact avec les émotions ressenties lors des événements qu'avec les événements eux-mêmes. Identifier ses abuseurs, revivre «intellectuellement», par l'hypnose ou par un processus de rebirth, ces événements au cours desquels on a été victime d'abus sexuels ne règle pas le problème. Par contre, identifier et accueillir les émotions ressenties par l'enfant au cours de cette période de sa vie est vraiment la clé pour se nettoyer à tout jamais de ces souvenirs émotionnels que l'on traîne comme des boulets aux pieds.

Au cours de cette démarche, si je ressentais, par exemple, des pulsions sexuelles non opportunes, je les considérais comme une autre occasion d'entrer en contact avec la petite Michèle saine et de la rassurer. Dans de tels cas, on explique à l'enfant en soi qu'il avait le droit et a toujours le droit de ressentir du plaisir. Ensuite, on le déculpabilise, en lui disant qu'à l'époque où il a vécu des rejets ou des abus sexuels, ce n'était absolument pas ce dont il avait besoin. En effet, la normalité aurait commandé que l'adulte lui procure tendresse et affection, et non des plaisirs d'ordre sexuel. On lui dit enfin que, désormais, on va lui procurer cette affection dont il avait besoin et dont il a encore besoin maintenant. On assure cet enfant en nous de notre amour inconditionnel. On lui dit qu'il n'est aucunement responsable, qu'il a été entraîné dans une activité sexuelle dont il n'avait pas besoin et que nous allons rétablir la normalité. On peut aussi demander à l'enfant de nous amener voir la ou les personnes qui ont abusé de lui pour lui laisser la possibilité d'exprimer à ces personnes cequ'il aurait eu envie de dire au moment où il a subi lesabus.

Ce travail constant, que vous accomplirez avec patience et amour, peut vous libérer entièrement de toutes formes de carences émotionnelles passées et vous conduire à une vie affective et sexuelle tout à fait épanouie.

Les manifestations de l'enfant se produisent plus fréquemment lorsque nous entrons en interaction avec notre conjoint plutôt qu'avec de simples connaissances parce que, avec ces dernières, nous portons le plus souvent des masques qui cachent nos véritables émotions. Par contre, les émotions manifestées avec notre conjoint sont souvent hors de proportion avec les événements vécus aujourd'hui.

Voici un bon exercice à effectuer durant la période où l'on recherche l'enfant en soi: il s'agit d'observer chaque moment d'émotion intense (colère, peine ou insécurité), de faire un effort mental pour se détacher du moment présent et d'essayer d'entrer à nouveau en contact avec cet enfant pour comprendre ce qui l'a amené à se manifester ainsi et dans des circonstances qui ne justifient pas un tel comportement de la part d'un adulte. Si, par exemple, votre conjoint ne semble pas écouter ce que vous lui racontez et que vous devenez très anxieux et colérique en vous imaginant qu'il ne vous porte aucun intérêt et ne vous respecte pas, au lieu de vous dire qu'il est peut-être tout simplement fatigué et préoccupé, essayez de voir si cette situation ne serait pas la répétition de ce que vous avez vécu des centaines de fois avec votre père ou votre mère.

Si vous souffrez d'une jalousie maladive chaque fois que votre partenaire s'intéresse à quelqu'un d'autre, que vous dormez mal lorsque vous avez à passer quelques jours seul à la maison, que vous vous sentez souvent incompris et non respecté de la personne qui partage votre vie, que vous avez de la difficulté à écouter cette personne sans l'interrompre et argumentez sans cesse avec elle, vous souffrez probablement de dépendance affective. Il se peut qu'effectivement cette personne ne vous comprenne pas et vous manque parfois de respect, mais le simple fait que vous ayez choisi cette personne pour cheminer vous indique clairement que vous vous êtes placé en situation de revivre inlassablement tous les rejets de votre enfance sans pour autant réaliser votre grand rêve d'être aimé par vos parents. Ce temps est passé et il ne peut revenir. Comme je vous l'ai déjà mentionné, la seule façon de vous en sortir maintenant est de devenir vous-même ce parent attentif et bon sur lequel vous pourrez toujours compter.

Lorsque vous aurez commencé à déblayer le terrain, prenez une feuille blanche et un crayon, et identifiez de façon spécifique chacune des émotions qui vous habitent, soit la colère, la peine, la peur et la joie. Par la suite, prenez le temps d'accueillir chacune d'elles et d'en apprécier la validité.

La colère est légitime lorsqu'elle se présente parce que vous vous respectez et voulez vous faire respecter. La peine s'explique parce que le besoin de votre enfant intérieur d'obtenir de l'attention et de l'affection n'est pas comblé. Arrêtez-vous et prenez quelques minutes de votre temps pour satisfaire ce besoin. La peur dénote la présence de l'instinct de conservation qui vous permet de survivre aux traumatismes et aux dangers que vous avez dû traverser avant de devenir adulte. Rassurez votre enfant intérieur, dites-lui que maintenant vous êtes là et que les dangers sont disparus et ne pourront plus vous atteindre.

Quant à la joie, vous n'y aurez vraiment accès qu'une fois les autres émotions bien identifiées et accueillies. Mais cette joie sera si intense et si réconfortante que vous comprendrez enfin l'expression courante «je déborde de joie».

Une fois cette démarche terminée, utilisez la même approche en identifiant cette fois vos sentiments négatifs, comme la honte, la culpabilité, l'impuissance et la peur d'être rejeté. Puis, accueillez ces sentiments pour vous permettre, ensuite, de vous en libérer définitivement. La guérison totale ne se produira pas d'un seul coup, comme si vous aviez utilisé une baguette magique, et vous aurez parfois l'impression de subir des rechutes. Ne vous découragez pas, cependant, car je sais, par expérience, que ces moments de faiblesses ne sont que de «petites saucettes en enfer», comme dit mon frère, qui ont pour but de renforcer notre désir de nous sortir définitivement de la dépendance affective.

Et tout à coup, vous aurez vraiment la certitude que vous êtes guéri. Vous aurez alors accès à des sentiments positifs comme la paix, la sérénité, le calme et l'amour véritable.

La démarche de reprendre contact avec notre enfant intérieur nous permet aussi d'identifier les quatre besoins fondamentaux de tout enfant, soit le besoin de sécurité, le besoin d'identité, le besoin d'estime de soi ainsi que le besoin d'aimer et d'être aimé. J'aborde plus longuement ces quatre besoins dans une autre section de ce livre, mais sachez dès maintenant que, pour être comblés, ces besoins nécessitent l'intervention d'une personne extérieure lorsque nous sommes enfants, mais qu'ils doivent être entièrement comblés par la personne elle-même lorsqu'elle est arrivée à l'âge adulte.

La démarche de retrouver l'enfant en soi et de devenir son propre parent est à ce point importante et profonde qu'elle pourra même vous faire cheminer grandement en regard du vieillissement et de la mort. En effet, à partir du moment où on atteint une sécurité émotionnelle et une sérénité que personne ne peut nous enlever parce qu'elles proviennent de nous-mêmes, nous acceptons beaucoup plus facilement les réalités que sont le vieillissement et la mort. Inversement, les personnes qui ont refusé d'aller à la rencontre de leur enfant intérieur et qui restent bloquées avec leurs carences non résolues se voient souvent condamnées à vivre de grandes souffrances morales à partir de la quarantaine. Elles peuvent même, plus tard, devenir séniles et souffrir de maladies graves, comme la maladie d'Alzeihmer dont on parle tant aujourd'hui. C'est la thèse que soutiennent certains chercheurs dans le domaine de la santé mentale. Il ne faudrait cependant pas conclure que tous les cas de maladie d'Alzeihmer peuvent s'expliquer ainsi; il s'agit tout simplement d'être vigilant quant à sa propre vie et de mettre toutes les chances de son côté d'avoir une fin de vie lucide et heureuse.

La présence d'une composante psychosomatique dans l'apparition de malaises physiques plus ou moins graves ne fait plus de doute aujourd'hui. Cela n'exclut pas la présence de virus ni de causes héréditaires à certaines maladies. Par ailleurs, chaque personne a tout intérêt à bien observer ses comportements et ses pensées avant de prétendre n'avoir aucune responsabilité en regard de ses maux physiques. Pour explorer cette vision de nos malaises physiques, je vous encourage à lire le magnifique ouvrage Métamédecine écrit par mon amie Claudia Rainville qui oeuvre depuis plusieurs années dans ce domaine et dont l'expertise est reconnue mondialement. Ayant elle-même souffert de dépendance affective et de plusieurs maladies qu'elle a réussi à surmonter par l'approche de la métamédecine, elle a aidé un grand nombre de personnes à se libérer d'une telle dépendance et de jouir enfin d'une bonne santé.

Dans Le Traité des caresses, dont je vous ai déjà parlé, le docteur Gérard Leleu mentionne, à titre d'exemple, que plusieurs personnes souffrant de carences affectives parce qu'elles ne reçoivent pas assez de tendresse somatisent fréquemment ce manque par des maladies de la peau comme l'eczéma ou le psoriasis. Chez certains enfants, on a aussi observé des réactions psychosomatiques se traduisant par des otites répétées, des allergies de toutes sortes ou des problèmes de propreté. Encore une fois, il ne faut pas sauter trop rapidement aux conclusions et poser un diagnostic de «mal aimé» lorsqu'un enfant présente de tels problèmes. Il faut peut-être tout simplement ajouter au traitement traditionnel des symptômes physiques une approche plus globale qui considère tout à la fois les besoins affectifs de l'enfant et ses besoins d'hygiène corporelle.

Tant chez l'adulte que chez l'enfant, le corps parle. Il nous parle de nos émotions, de nos manques, de nos carences et de nos attentes d'enfant blessé.

Retrouver l'enfant en soi est donc un défi à relever. Il est facile d'accès mais difficile à vivre, en ce sens qu'il vous amènera à vivre et à revivre, tant que vous n'aurez pas complété le processus, des souffrances égales ou même supérieures à celles que vous avez ressenties lorsque vous étiez cet enfant. Ce n'est qu'à ce prix que vous réussirez. Il y aura des pleurs, des craintes de ne pas survivre et des découragements. Mais, croyez-en mon expérience et le témoignage de milliers d'autres personnes qui ont réussi à traverser ce tunnel, chaque pas est irréversible et vous conduit vers la liberté et l'indépendance affective.

Une fois le tunnel franchi, vous ne verrez plus la vie avec le même regard. En étant en symbiose avec vous-même, vous retrouverez le sentiment d'omnipuissance du foetus relié à sa mère. Les peurs et les colères ne dureront que quelques minutes tout au plus, l'insécurité disparaîtra pour faire place à la confiance puisque vous ne serez plus jamaisseul, et l'amour inconditionnel de vous-même vous donnera accès à l'amour véritable sous toutes ses formes.

J'étais vraiment insupportable par ma trop grande sensibilité; ainsi, s'il m'arrivait de faire involontairement une petite peine à une personne que j'aimais, au lieu de prendre le dessus et de ne pas pleurer, ce qui augmentait ma faute au lieu de la diminuer, je pleurais comme une Madeleine etlorsque je commençais à me consoler de la chose en elle-même, je pleurais d'avoir pleuré.Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus

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